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SAMBIRANO VALLÉE FERTILE


Son cacao et ses rizières


Textes : Jérôme Miquel, Bernard Grollier. Photos : Michel Bordieu
Publié dans le magasine de bord d'Air Austral n°42 (nov./déc. 2010)

Face à l'île de Nosy Be, la Grande Terre abrite une région aux paysages magnifiques : la vallée de la Sambirano. Méconnue des touristes, elle joue les premiers rôles dans la vie agricole du Nord malgache.

sambirano taxiC'est au nord-ouest de Madagascar, au départ d'Ambanja, que l'on peut remonter la rivière Sambirano et la vallée fertile de 3 000 km2 qui porte le même nom. Le cours d'eau prend sa source dans le massif du Tsaratanana, dont le sommet, le Maromokotra (2876 m) est le point culminant de Madagascar. Le Tsaratanana abrite aussi une des réserves naturelles intégrales de la Grande Île, qui protège une magnifique forêt primaire d'altitude.
La présence de la haute montagne explique la singularité de la région. Sur cette côte ouest malgache marquée par la sécheresse, les paysages de savane à lataniers et la terre rouge, cette vallée est une enclave verdoyante, dont le climat chaud et humide est en tous points similaire à celui de la côte orientale. Les vents dominants qui soufflent de l'Est poussent vers le relief les nuages qui crèvent en pluie. Importantes et régulières, les précipitations qui s'abattent sur le massif font naître de nombreux torrents qui prennent leur source en altitude et viennent alimenter la Sambirano.
sambirano riziereLa rivière draine elle-même des alluvions qui enrichissent et fertilisent le sol de ses rives et du fond de la vallée, permettant une agriculture diversifiée, aux productions abondantes : cacao, riz, café, vanille, poivre...
A une époque, le cacao rapportait tellement, rapporte la mémoire populaire, que certains producteurs donnaient du coca-cola à boire à leur zébu ! Les cours du cacao ont beaucoup baissé, mais les bazars colorés, les marchands ambulants qui viennent de très loin, la frénésie des bals organisés avec des vedettes de la musique malgache pendant la saison du cacao montrent qu'ici la population, si elle n'est pas riche, est loin de la misère de beaucoup de régions de Madagascar.
sambirano feves cacao A partir de la ville d'Ambanja, une piste défoncée par le passage des tracteurs des collecteurs de cacao, impraticable en saison des pluies, remonte la vallée jusqu'au petit village d'Antsirasira. Les vues sur les rizières au vert vif s'intercalent avec les forêts qui ombragent les cultures de cacao, de café et de vanille. Les fèves de cacao récemment récoltées sèchent le long de la piste, sur des draps ou à même le sol dans des emplacements réservés. Les odeurs de fermentation montent de chaque village.
Le cacao, boisson des dieux, breuvage sacré des civilisations précolombiennes (son nom latin Theobroma cacao signifie "nourriture des dieux") a été introduit à Madagascar par les colons français il y a un peu plus d'un siècle. Trois espèces de cacaotier coexistent aujourd'hui dans la région. Le criollo produit le meilleur cacao, malheureusement il est fragile et fructifie peu. Le forastero, au goût plus ordinaire, est beaucoup plus résistant et productif et représente à peu près la moitié de la production locale. A Madagascar, on appelle également "Tamatave" cette variété. Enfin, le trinitario est un hybride qui allie la finesse du premier et la résistance du second.

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Dans le monde, beaucoup de producteurs ont délaissé le criollo, mais pas à Madagascar. Aussi le cacao de la Grande Île, produit sans engrais ni produits chimiques, est-il très prisé par les chocolatiers. D'autant que l'acidité particulière des sols du pays lui donnent un caractère particulier et unique. Quelque part dans la vallée, se trouve ainsi une plantation créée sur les terres ou poussaient jadis des manguiers et sur laquelle a jeté son dévolu le grand maître parisien Michel Cluizel. Depuis quelques années, il propose dans sa collection de "Premiers grands crus de plantation" le Mangaro, qui trouve son origine dans la Sambirano. "Les fèves de ces cacaoyers m'ont permis d'élaborer un chocolat exceptionnellement parfumé, mariant des arômes de fruits exotiques, de délicieuses saveurs de pain d'épices, et des notes acidulées d'agrumes", annonce le chocolatier pour présenter son produit. Le Mangaro a déjà reçu plusieurs distinctions lors de concours internationaux. Le chocolat "malgache" voisine, chez Cluizel, avec d'autres crus très haut de gamme, venus du Venezuela, de Saint-Domingue, de Papouasie-Nouvelle Guinée ou de Säo Tomé.
Il est probable que les paysans de la Sambirano n'ont jamais vu une tablette de cette petite merveille gustative ! Comme souvent à Madagascar, les producteurs ne sont que le premier maillon d'une chaîne où le gros des bénéfices se récolte ailleurs. Les collecteurs, qui font le lien entre les cultivateurs et les exportateurs, se satisfont ainsi du mauvais état de la piste, défoncée par leurs tracteurs. Si une bonne route menait jusqu'aux villages de la Sambirano, qui seraient alors desservis par les taxis-brousse, nul doute que leurs habitants pourraient écouler leurs fèves à meilleurs prix, en les apportant eux-mêmes à Ambanja !
sambirano cacao Diverses initiatives, souvent financées par des fonds de développement internationaux, ont vu le jour ces dernières années pour aider les paysans à tirer davantage de revenus de leurs produits. Et d'être moins obligés, ainsi, de déboiser pour cultiver des plantes vivrières... C'est notamment l'objectif de l'ADAPS (Association pour le Développement de l'Agriculture et du Paysannat de la Sambirano), constituée il y a dix ans pour trouver des solutions à des difficultés récurrentes : absence d'encadrement technique, manque d'information sur les marchés, impossibilité d'accéder aux intrants, manque d'accès au crédit, vieillissement des plantations... De plus, les agriculteurs subissent des inondations de plus en plus fréquentes, en raison des cultures sur brûlis qui défrichent les flancs de la montagne et ne freinent plus l'écoulement des eaux après les fortes pluies tropicales. A cause de leur isolement, les paysans de la vallée se voyaient depuis toujours proposer, pour l'achat de leur production de vanille, des prix nettement inférieurs à ceux pratiqués sur la côte nord-est (Antalaha, Sambava, Andapa, Vohemar), haut-lieu de cette culture à Madagascar. En se regroupant, en se montrant solidaires face aux collecteurs, ils ont obtenu un traitement équivalent. De même, un système de financement pour l'achat du riz a été mis en place au moment des vents du cacao, de manière à constituer des stocks pour passer plus aisément les périodes de soudure entre deux récoltes de cet aliment de base de l'alimentation malgache.

sambirano feves cacao

Le cacao se récolte toute l'année, avec des pics de production en juillet-août et en fin d'année. Un cacaoyer donne en moyenne une dizaine de cabosses, donnant trois kilos de fèves fraîches. Les fèves extraites des cabosses sont mises à fermenter pendant cinq à six jours. Elles sont ensuite séchées au soleil pendant quelques jours, nettoyées et mises en ballot : trois kilos de graines de cacao fraîches donnent un kilo de fèves séchées. Un kilo de fèves séchés s'écoule contre 4 000 ariary environ, soit 1,5 euros Il reste à les transporter jusqu'aux points de collecte. Les acheteurs les acheminent ensuite jusqu'à Ambanja, d'où elles gagnent le port de Nosy Be. Là, les fèves malgaches seront bien chargées sur un cargo en partance pour l'Europe.

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Le voyageur curieux qui souhaite découvrir cette intense activité agricole de la Sambirano doit être un bon marcheur. Après le village d'Antsirasira, où s'arrêtent les véhicules motorisés, il faut traverser la rivière en pirogue. De l'autre côté, la piste ne permet que les déplacements en charrette, à vélo ou à pied. Il faut parcourir 17 kilomètres à travers les plantations de cacao, de café, de poivre, de vanille et les rizières pour parvenir à Marotolana, commune d'environ 3 000 habitants aux portes de la montagne (Maro : "beaucoup" ; les tolana sont les pierres, souvent au nombre de trois, que l'on place sous les marmites pour les surélever au-dessus du foyer). On y arrive en passant la rivière à gué, entre les enfants qui jouent et les lavandières.
sambirano randonnée treck Jusqu''à Marotolana, l'ethnie majoritaire est sakalava. Au-delà, la population et la langue change progressivement, remplacé par un peuple de montagnard et d'agriculteur, les Tsymihety . L'habitat aussi se transforme : les cases en matières végétales (surtout le ravenale, l'emblématique "arbre du voyageur") laissent la place à des maisons en terre, au toit de chaume.
Les rizières sont omniprésentes et il faudra souvent mettre les pieds dans l'eau pour traverser un ruisseau ou avancer dans les nombreux canaux d'irrigation. Peu à peu le cours de la Sambirano devient de plus en plus tumultueux pour se transformer en torrent de montagne aux eaux pures, où abondent les anguilles et les écrevisses.

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A une heure de marche se trouve Ambolamanasa, le dernier village au bord de la rivière Besanetrihely qui se jette dans la Sambirano. De ce village, l'ascension des crêtes environnantes permet de profiter de fabuleux points de vue sur la vallée, les rivières et les rizières. La découverte de la vallée se termine là. Les randonneurs aguerris peuvent, pour leur part, continuer leur expédition en entreprenant l'ascension du Maromokotra.

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texte et photos: Michel BORDIEU - Tout droit réservé ©

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Comment s'y rendre:

Au départ de La Réunion: vol direct sur Nosy Be ensuite, par mer, prendre une pirogue en direction de la grande terre à via Ankify.
Au départ de La Réunion ou de la métropole et depuis Antananarivo, prendre un Taxi-be direction Ambanja.
Depuis Anbanja, des taxi-be font la liaison j'usqu'à la vallée.

Ce reportage a été effectué grâce à "balade malgache" . Pour plus de renseignement : www.balademalgache.com

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